J'avancerai en suivant la route de mon regard et si ca ne marche pas...Si vraiment rien de tout ca ne marche...Si vraiment, vraiment, vraiment, il n'y a plus rien à faire...Si vraiment il n'y a plus moyen d'avancer même en mettant toutes mes forces alors j'irais avec le cœur, avec tout mon cœur.
Le sommet des dieux, une œuvre palpitante, transcendante et marquante. L'œuvre de Jirō Taniguchi conte la montagne à travers deux personnages aux destins entremêlés. Au sommet de son art, Jiro Taniguchi, démontre tout au long de l'œuvre son amour pour la nature : la montagne est magnifié à chaque page, présente à chaque instant… Omniprésente même quand elle est visuellement absente. A la fois séduisante, tentatrice mais aussi cruelle et tranchante, elle bouleverse l'esprit de nos personnages mais aussi, de nous, simples lecteurs. Une narration complète, qui suit un fil conducteur bien ficelé avec des techniques intelligibles et pourtant tellement efficaces. Les personnages principaux, bien que peu nombreux proportionnellement à la longueur de l'œuvre, sont pleinement exploités.
Le sommet des dieux se différencie pleinement des autres œuvres, en effet on suit au cours des 5 tomes un récit mature et axés sur le ressenti de chaque personnage… Naviguant entre point de vue, impression personnelle et confrontation perpétuelle, Jirō nous offre des protagonistes complexes et touchants. Le premier Fukamachi, au départ simple photographe à la vie quiète, sans réel objectif, va trouver sur sa route un objet qui le mènera sans doute, sur le chemin de sa vie. Quant à Habu Jouji un personnage qui ne fera pas forcément l’unanimité à cause d’une nature que l’on pourrait percevoir comme égocentrique ou égoïste, ne laissera personne indifférent. Allégorie même de la détermination et du dépassement de soi, il fonde à lui seul le propos de l'œuvre. Son obsession pour la montagne rythme chaque instant de sa vie comme si son cœur logeait là haut, dans les sommets. Habu Jouji est donc un personnage fascinant que l’on suivra tout au long du manga.
Abordons maintenant les dessins.. Ayant lu Ascension avant d’avoir lu le sommet des dieux, je m'attendais à être déçu et l’idée de relire un manga sur l’alpinisme ne m’attirait plus car je considérerais Ascension comme l'œuvre référence dans les mangas d’alpinisme. Or j’ai eu complètement tort, le sommet des dieux aborde la montagne d’une manière différente, la considérant comme un être entier grâce au dessin qui lui offre un souffle de vie. Elle est constamment représentée dans un photoréalisme hallucinant plus qu’impressif et on ressent la générosité qu'à Jiro Taniguchi à les dessiner avec autant de détails et de crédibilité, elle est sur chaque représentation aussi vertigineuse que rassurante et aussi vicieuse que chaleureuse.
Il est incroyable de se rendre compte à quel point l’auteur a su transmettre la difficulté de l’alpinisme en lui-même. Il n’est pas question d’une vision romantique de celui ci mais bien lucide et concrète : ce sentiment pendant la lecture que la mort n’est jamais loin et qu’elle peut décider de frapper à tout moment prouve que “Le sommet des dieux” est un manga débordant de réalisme et ancré dans la véracité historique alliant de nombreux personnages qui ont réellement existé.
Kamigami no Itadaki est, comme je l’ai déjà écrit, un manga frôlant la perfection, détaillant une narration au brin poétique et touchante, elle aligne des atouts de taille et un univers si fermé et pourtant si libre et évasif, la grandeur de la montagne et de ses personnages marque profondément et berce chaque lecteur sur le ton d’une mélodie nostalgique, pleine d’espoir.
REP Taniguchi Jiro
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