
a review by SeaU

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Ah! My Goddess est un manga paru entre 1988 et 2014 dans le magazine Kodansha dessiné et scénarisé par Kousuke Fujishima, ancien assistant de Tatsuya Egawa, l'auteur, d'entre autres, Be Free! et Golden Boy. En France, le manga est d'abord édité par les éditions Manga Player mais est rapidement abandonné au bout de 10 tomes, et c'est Pika qui reprend la publication du manga en France en 2001.
Keichi Morisato, un étudiant, compose un faux numéro et tombe alors sur le Bureau des Déesses. Il fait alors la connaissance de l'une d'elles, Belldandy, sortant d'un miroir. Cette dernière lui annonce qu'elle peut lui exaucer un de ces vœux , et Keichi, pensant qu'il s'agit d'une blague de ses amis, lui demande de rester avec lui pour toujours. Keichi doit désormais vivre avec Belldandy tout en tentant de dissimuler sa véritable nature aux gens normaux.
Pourquoi Ah! My Goddess serait plus que ce qu'il n'y paraît ? En réponse nous verrons d'abord les défauts propre à l'œuvre, puis ses qualités.
Je tiens à évacuer les défauts du manga dès le début afin de me concentrer ensuite sur ses qualités. Et l'un de ses principaux défauts selon moi réside dans le rythme des premiers tomes, où l'on suit des petites péripéties, où des personnages sont petit à petit introduits mais qui ne disposeront d'un développement que bien plus tard. Durant ces chapitres, on observe beaucoup de situations et de gags propres aux mangas axés romance/comédie qui paraissent donc assez clichés, similaires à ce que l'on peut observer chez les œuvres de Rumiko Takashi par exemple. Ce problème de rythme peut également se faire ressentir tout au long de l'histoire en vérité, pour peu qu'on n'arrive point à s'investir.
Un autre défaut, c'est le personnage de Skuld, du moins au début. Elle fait partie de cet archétype de petit personnage insupportable typique de cette époque, et même si par la suite elle a droit à un vrai développement qui la rend malgré tout attachante, elle reste longtemps définit par un seul rôle, celui d'empêcher toute progression de la relation de nos deux protagoniste, rôle dont elle se détache peu à peu par la suite.
Enfin, je ne sais pas si mettre l'élément suivant dans le paragraphe dédié au défauts est pertinent. En effet, est-il reprochable à une œuvre de ne rien inventer, de ne rien révolutionner ? Car c'est le cas de Ah! My Godddess. Jamais, ou presque, l'auteur ne prendra de risques, et l'ensemble de l'œuvre reste très convenu, ne se détachant finalement qu'assez peu d'autres mangas du genre sortis avant ou à la même période que lui.
Cependant, comme précisé plus haut, la plupart de ces défauts ne sont véritablement présent que sur le début du manga, et c'est au prix de quelque légère persévérance que l'on peut apprécier les qualités qu'il a à nous offrir. Tout d'abord, je pense qu'il est important de préciser que, pour un manga dont la parution a commencé à la fin des années 80s, il est extrêmement respectueux, plus que des mangas qui sortent encore aujourd'hui. Je n'irais pas jusqu'à prêter un sous-texte féministe au manga, loin de là, mais force est de constater que le traitement des femmes est très respectueux, n'étant jamais présentées en tant que êtres faibles, impuissantes, et passives, mais bien en personnages forts, véritables acteurs des différentes situation où elles sont mises à l'honneur. D'ailleurs, malgré un cast majoritairement féminin, il n'est pas question de harem, ni même de triangle amoureux, mais bien d'une simple romance entre deux êtres. La romance est d'ailleurs très bien écrite, et se concrétise finalement assez tôt dans le manga, le reste des péripéties venant alors mettre l'amour de nos protagonistes à l'épreuve. Cependant, le personnage de Keichi est également très bien écrit avec une personnalité bien développée, ne faisant absolument pas parti de cette catégorie de personnages, protagonistes de comédies romantiques qui sont plats, passifs et
inexpressifs.
C'est là que le manga se démarque : sans trop en faire, sans produire quelque chose d'incroyable, l'auteur réussit à bien développer la plupart de ses personnages, mêmes les secondaires, et arrive à nous en rendre certains sympathiques malgré le fait qu'ils nous paraissaient antipathiques au départ, comme mentionné plus haut avec Skuld. Cette écriture réussie se voit renforcée par un style de dessin magnifique, collant parfaitement à l'univers de l'auteur. Un style à la fois clair et détaillé, que l'on voit évoluer sur près d'une cinquantaine de tomes, qui arrive à très bien retranscrire les émotions des personnages et arrive à rester dans le ton lors des scènes comiques ou plus sérieuses. La maîtrise se fait également lors des double-pages, qui agissent presque comme de véritables photographies, capturant un instant de la scène en cours, le magnifiant, le détaillant, mettant en valeur la beauté de cet instant, rappelant ainsi le concept du Mono no Aware propre à l'esthétique japonaise. Le tout est embelli par un découpage certes simple, mais efficace, et qui correspond au style et au ton global de l'œuvre. Pour conclure sur le dessin, les couvertures originelles des tomes sont
magnifiques.
Enfin, je tiens à mentionner la passion de l'auteur pour la mécanique et les courses automobiles. C'est amusant lorsque l'on sait que Toru Fujisawa, l'auteur de GTO, était aussi assistant sur Be Free! avec Fujishima, et que Fujisawa est manifestement passionné par les mêmes sujets si je m'en réfère à la place qu'ils occupent dans ses mangas, et notamment GTO. Fujishima a d'ailleurs commencé un manga sur les courses de motos en 2016 toujours en cours aujourd'hui : Toppuu GP. Pour revenir à Ah! My Goddess, la passion de l'auteur transpire dans son manga, à tel point que s'en est passionnant. Les chapitres traitant de ces sujets font partie de mes chapitres favoris de l'œuvre, en partie parce qu'ils démontrent à quel point l'auteur s'est investi et a aimé réaliser son manga. Et cette passion devient contagieuse, tant et si bien que ma lecture de Ah! My Goddess devenait une véritable source de bonheur.
En conclusion, Ah! My Goddess n'a pas la prétention de paraitre plus que ce qu'il est réellement, mais ce qu'il fait, il le fait très bien malgré ses quelques défauts présents surtout au début. Mais c'est surtout une belle œuvre qui traite de valeurs finalement essentielles au fonctionnement de toute relation : la confiance et la communication, mais c'est surtout une œuvre qui transmet la passion de son auteur.
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