

Derrière ce titre un peu pompeux se trouve moins une review d'XXXHolic qu'une review de CLAMP en général, ou du moins de que j'ai saisi de leur écriture. Je vais essayer de retranscrire à l'écrit les forces de CLAMP, qui sont déjà présentes depuis leur début en vérité, ou au moins depuis Tokyo Babylon, en m'appuyant sur XXXHolic, car je considère cette œuvre comme étant l'apothéose de ce que propose CLAMP. Il va sans dire que je me base uniquement sur ce que j'ai lu de CLAMP, c'est à dire une dizaine d'œuvres, ce qui est dérisoire par rapport à tout ce qu'elles ont pu produire. Je pense néanmoins être capable de saisir, au moins en partie, ce que veulent raconter les dames de CLAMP au travers de leurs histoires.
J'ai évoqué Tokyo Babylon plus haut, ce n'est pas anodin. Selon moi, la série à beaucoup de points communs avec XXXHolic, jusqu'à dans son concept même, alors que 13 ans sépare les débuts de parutions des deux œuvres. En effet, à la fois dans Tokyo Babylon et dans XXXHolic, le ou les protagonistes vont régler différents problèmes, touchant de près ou de loin des humains, et ayant un rapport avec le domaine du surnaturel. Ces problèmes, bien qu'ayant des origines fantastiques, s'apparentent à des problématiques de notre vie réelle. De par son rapport au surnaturel et ses parallèles avec la vraie vie, Tokyo Babylon apparaît presque comme un proto-XXXHolic dans sa structure. Mais en vérité ce sont des thèmes qui reviennent dans plusieurs séries de CLAMP, mais au travers de structures narratives différentes. Que ce soit les différents villages visités dans Shin Shunkaden, ou les différents monde de Tsubasa: RESERVoir CHRoNiCLE, CLAMP s'est attacher à explorer toute une palette de facettes des comportements humains, et ce qui ressemblait à des morales de fables dans Tokyo Babylon finit par devenir beaucoup plus subtil et prenant dans XXXHolic. Et ce qui frappe le plus dans cette série là, c'est quand on se rend compte d'à quel point les humains sont des êtres contradictoires.
Du groupe de héros luttant contre un futur qu'ils savent déjà écrit dans X, à la femme luttant contre une addiction "par principe" dans XXXHolic, en passant aux souhaits des personnages de Clover ou aux volontés de ceux de Tsubasa: RESERVoir CHRoNiCLE, tout n'est qu'une simple histoire de contradiction. Des contradictions qu'on s'impose parfois nous même, par résignation ou par égoïsme. C'est ce que CLAMP nous montre, et elles nous le montre de la façon la plus élégante qui soit, élégance portée par leur style de dessin. Cependant, cette contradiction qui nous semble inhérente n'est pas montré de façon péjorative, bien au contraire. J'ai évoqué X et le "futur" censé inévitable contre lequel lutte les héros, il se trouve que c'est une notion qui reviens souvent dans les longues œuvres de CLAMP. Les personnages des différentes séries sont souvent confrontés à une destinée pré-écrite, et autant dans X on ne saura probablement jamais comment se termine l'histoire, dans Tsubasa: RESERVoir CHRoNiCLE, les héros finissent par briser le cycle dans lequel ils étaient enfermés. Ou encore dans Magic Knight Rayearth, les héroïnes parviennent à briser le système du pilier, et à se rebeller contre Dieu lui-même. Quand quelqu'un parvient à pénétrer dans l'échoppe de Yuuko, c'est l'"Hitsuzen" qu'il l'a guidé.

Un concept qui s'apparente donc à la fatalité. Cependant, si c'est bien l'Hitsuzen qui guide les gens vers le magasin, à la fin de la journée, c'est bien à la personne elle même de décider de régler, ou non, son problème. La fatalité n'est pas immuable. Malgré les problèmes et les conditions que nous impose la vie, indépendamment de notre volonté, il ne tient qu'à nous de décider comment les aborder. Et là vient un autre thème cher à XXXHolic : le choix. Comme le dit l'adage : "on a toujours le choix". Mais choisir, c'est aussi renoncé à autre chose. Ne pas choisir est un choix en soit, on renonce à ce que l'on pourrait devenir. D'ailleurs, les clients qui trouve l'échoppe de Yuuko doivent laisser quelque chose en échange de ses services, et ce quelque chose s'apparente à chaque fois à une part, à un morceau - même symbolique - de la personne. Et face à un choix, on dispose toujours d'une liberté absolue. En extrapolant, on pourrait rapprocher tout ça à la philosophie existentialiste de Jean-Paul Sartre. Pour résumé grossièrement, selon Sartre, nous sommes de mauvaise foi si on justifie nos choix par des éléments qui nous sont indépendants, que l'on a pas choisi. Si nous faisons preuve de mauvaise foi, c'est avant tout parce que la liberté dont nous disposons pour choisir est tellement vertigineuse qu'elle nous effraie. Comme le résume assez bien cette citation de Sartre : "L'homme est condamné à être libre". Mais je ne sais pas si les CLAMP ont lu Sartre.
Une autre façon de démontrer nos contradiction dans XXXHolic qui m'a marquée, c'est la propriété de notre corps. Il se trouve que nous ne nous appartenons pas totalement. C'est ce que Yuuko fait remarquer à Watanuki lorsque ce dernier se blessa en venant en aide à l'un de ses proches pour la énième fois. Se blesser, ou se laisser blesser plutôt, tient plus de l'égoïsme que de l'altruisme. Si l'on se blesse, c'est pour ne pas voir les autres blessés à notre place, mais en faisant cela, on impose nos blessures aux autres. Ces derniers, dans une logique de contrebalance, vont alors se laisser blesser à leur tour "pour nous", mais surtout pour eux. Si c'est un thème qui, je crois, reviens finalement assez souvent dans tout type d'œuvres, c'est bien dans XXXHolic que je l'ai trouvé le plus percutant, faisant ressortir notre égoïsme. Mais à l'instar de notre nature contradictoire, notre égoïsme n'est pas montré de façon péjoratif.
Lors de ma lecture de XXXHolic , je me suis rappelé la pièce de théâtre Antigone de Jean Anouilh, que j'ai étudié au collège. A l'époque on m'avait grosso modo appris que c'était une ode cachée à la résistance maquillée en propagande pro-occupation. Aujourd'hui, je la considère comme étant plus que ça. Les personnages d'Antigone, d'Ismène et de Hémon qui font le choix de se battre contre ce qui va de soit, puis de mourir pour ça, la mort de l'une entraînant celle des autres. Au cours de la pièce, je me souviens qu'Antigone est au moins une fois accusée d'être égoïste, ce à quoi elle répond qu'elle en est fière (en gros, je me rappelle plus trop j'avoue). Pourquoi était-elle fière d'être égoïste ? J'avoue ne pas avoir compris durant longtemps pourquoi revendiquer ce qui est considéré comme tout le monde comme une défaut, mais maintenant je me dis qu'être égoïste, finalement, c'est pas si mal.
Et c'est pour ça que j'adore XXXHolic , et plus généralement CLAMP. En plus de m'offrir de nouvelles perspectives par lesquelles aborder la vie, elles m'aident à comprendre des choses que j'ai vécues et qui m'ont marquées sans que je ne sache pourquoi. J'ai parlé de Sartre et Anouilh, mais c'est également d'autres mangas qu'elles m'ont aidé à mieux comprendre, et donc à mieux apprécier. Des mangas dont elles ont sûrement inspirées la création d'ailleurs, comme Pandora Hearts de Jun Mochizuki. Que ce soit dans le propos, la narration, voir même le trait, j'ai senti le long de ma lecture une vibe très CLAMP-esque. Les thèmes mentionnés plus haut sont au centre des problématiques de Pandora Hearts, même s'ils sont abordés de manière moins subtile et dans un cadre plus shonen.
CLAMP, malgré les différents mondes et les différents contextes qu'enrobent leurs différentes œuvres, c'est bien l'humain qu'elles s'attachent à placer au centre de leurs histoires.
19.5 out of 20 users liked this review