Tatsuki Fujimoto est un auteur qu'on ne présente plus maintenant. Maintenant populaire avec son Chainsaw Man toujours en cours ou le récemment adapté Look Back, ses qualités avaient déjà été dévoilées avec son un peu moins reconnu mais tout de même bon Fire Punch. Mais Fujimoto, comme beaucoup de mangakas, a bien évidemment déjà fait preuve de sa créativité avec plusieurs One Shot, qui ont d'ailleurs été compilées en deux tomes. J'ai lu ses deux mangas principaux mais je n'ai malheureusement pas lu les histoires adaptées ici, je pars donc en totale découverte. Avec l'annonce de multiples studios pour chaque histoire, on pouvait s'attendre à ce que chacun face un genre de prouesse technique captant la bizarrerie et la folie générale de Fujimoto, un peu comme Look Back ou le récent film de Chainsaw Man. Malheureusement, la vie est remplie de déceptions, à l'image de cette anthologie.
Premier épisode, par ZECXS : une histoire rigolote où deux humains se déguisent en poules pour ne pas se faire bouffer par des aliens. On sent une volonté de transmettre l'esprit fujimotien, avec des fulgurances, et une ambiance générale qui marche bien, on sent que le réalisateur a bossé sur le film Chainsaw Man. L'histoire en elle-même est assez surprenante. En bref, un premier jet rassurant.
Deuxième épisode par Lapin Track : patatra. La grosse pétouille. L'histoire est assez absurde, une classe se fait attaquer par un vieux mec. On sent que c'est Fujimoto quoi. Malheureusement, l'ambiance est assez normale, le trait est quelconque, et bordel que c'est long, mais long. L'absurde se fait juste aspirer dans le néant, je n'ai jamais vu un rythme aussi pété. Y avait moyen de faire un truc absurde, mais il fallait donner du rythme. Le studio a fait Shoshimin, mais le rythme de Shoshimin ne colle pas à l'histoire. Et ça m'étonne car ce même studio a fait Undead Girl Murder Farce qui savait faire des fulgurances. Bref, le deuxième épisode est vraiment mauvais, on commence à déraper.
Troisième épisode, toujours par Lapin Track : une histoire d'amour un peu absurde. Etonnamment, le rythme marche mieux et l'humour aussi. Malheureusement, il est lui aussi assez banal, mais on va dire que c'est pas comme le massacre du précédent épisode.
Quatrième épisode par GRAPH77 : une jeune tueuse à gages réputée rencontre un vampire. Ca pour le coup c'est un pur brio. Le trait de Fujimoto est bien restranscrit, le rythme est bon et l'absurde est bien conservé. C'est même mieux que le 1er épisode. Pour le coup, une très bonne production, alors que c'est le premier jet du studio visiblement. On s'est bien redressé.
Cinquième épisode, par 100Studio : un garçon joue du piano sous l'eau et rencontre une sirène. L'histoire est très soft pour du Fujimoto, on dirait presque qu'elle n'est pas de lui. Production normale, mais c'est assez joli honnêtement, et le passage un peu sanglant marche bien. Mais le trait de Fujimoto ne se ressent pas malheureusement. Petit downgrade, mais ça reste bon.
Sixième épisode, par Studio Kafka : un garçon se réveille changé en fille. C'est haut la main le meilleur épisode. C'est dans la complète lignée du film Look Back On sent que le réal, Kazuaki Terasawa, est un gros fan de Fujimoto, c'est littéralement lui adapté à l'écran. Et ça m'étonne, les seuls autres projets du studio sont liés à Mahotsukai no Yome, un anime que j'aime bien, et qui ne sont clairement pas similaires à Fujimoto. Donc une sacrée surprise et un épisode qui met le sourire.
Septième épisode, retour de 100studio : un garçon orphelin s'occupe de sa petite sœur cornue qu'on pense responsable d'une futur fin du monde. Et oh mon dieu, la chute. Dommage, on repartait bien. Il y avait clairement une ambiance glauque de base, mais on se retrouve avec le même problème de trait trop standard. A part les paroles de la petite, et à la limite les animaux étranges, c'est beaucoup trop normal, c'est difficile de ressentir un truc particulier. Ce qui est dommage car y avait clairement la possibilité de faire un truc ultra dérangeant et glauque. Gros pétard mouillé
Dernier épisode, par PA Works : une fille voit un portrait d'elle nue affichée dans son école, dessiné par sa petite sœur. On a l'impression que c'est un genre de proto Look Back (côté artistique important, deux personnages féminins dont l'un est assez jaloux). Le trait général donne aussi cette impression, comme s'il voulait faire comme le film mais se sont calmés entre temps. Un peu dommage, mais on va dire que le résultat final reste sympathique.
Mais au final, un problème ressort globalement de cette anthologie : une normalisation du trait, de la mise en scène. Honnêtement, quand on parle de l'anime Chainsaw Man, je fais partie de ceux qui trouvent que la série reste bonne et a des idées, même si on perd un peu le côté Fujimoto. Et le gros de l'anthologie pour moi exacerbe les défauts qu'on lui faisait. Ce qui est dommage, il aurait clairement fallu mieux adapter et rendre plusieurs épisodes plus nerveux, glauques, qu'ils s'illustrent aussi visuellement... au final je trouve qu'il y a trois épisodes vraiment bons. Sinon ça va du très mauvais au sympathique en étant généreux. Ca m'énerve un peu, mais je suppose que ça m'apprendra de regarder du Fujimoto plutôt que d'en lire.
Franchement, je vous dirais de lire les One Shot, mais si vous voulez regarder, je recommande vraiment les 1, 4 et 6.
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