Dans la note d'auteur du Tome 8 (édition "J'ai lu"), Tetsuo Hara confie :
Vous avez, dans votre entourage, ce genre de type, arrogant, rusé et apparemment très fort, qui s'impose? Ce genre de type, j'aimerais le tuer, mais quand je me retrouve devant, je souris bêtement, malgré moi, par politesse... Si je mesurais 1,85 m, si j'étais fort, je lui ferais la peau.
Ce sont tous ces sentiments que je mets dans Kenshirô. Que tous les petits tyrans de ce monde soient exécutés dans mon manga !!
Cette confidence résume à elle seule l'essence du manga et la mission de son auteur. Hokuto No Ken devient alors un défouloir, une manière de prendre sa revanche sur la loi du plus fort. Cette intention s'accompagne de messages porteurs de valeurs profondes. Si leur apparente simplicité peut en rebuter certains, elles sont pour moi essentielles car encrées dans le quotidien de chacun.
Hokuto No Ken, c'est le tyran qui apprend ce qu'est l'amour, le faible découvrant que l'espoir fait vivre, l'enfant confronté à la cruauté du monde. La "banalité" de ces thèmes tient justement à leur omniprésence dans les discours moraux/philosophiques, au point qu'ils finissent souvent par entrer par une oreille et sortir par l'autre. Buronson refuse cette indifférence, en nous offrant une œuvre qui martèle avec conviction les valeurs qu'elle souhaite transmettre.
Un vrai homme n'est pas celui qui ne pleure jamais, mais celui qui assume sa tristesse et la transforme en force. Mépriser ce qu'on n'a pas pu recevoir (comme l'amour) n'est pas une solution, car le mépris engendre la haine, qui à son tour nourrit le chaos.
Tels sont des exemples de leçons que j'ai retenues de cette œuvre.
La faiblesse du récit réside dans la redondance des arcs narratifs, qui rend prévisible certaines fins.
Un tyran rencontre un obstacle (Kenshiro) faisant face à ses ambitions démesurées qui va être sous-estimer, jusqu'à ce que l'humilité le rattrape et qu'il apprenne, souvent à ses dépens, de la sagesse de son opposant (par le biais des valeurs qu'il lui enseigne, par la parole et/ou par le combat). Tel est le schéma approximatif de la plupart des arcs.
On ne peut cependant pas dire que cette situation en vaut la peine car le grand final de l'œuvre n'est pas au rendez-vous. Elle arrive de manière assez brusque, presque soudaine. Il ne s'y passe que très peu de choses, peut-être parce que tout avait déjà était dit finalement? Quoi qu'il en soit, Hokuto No Ken reste un manga culte. Et c'est précisément pour cela que ma lecture a eu du sens : je voulais comprendre si l'ouvrage méritait réellement son statut de classique.
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