L’arc Reze – Un film d’anime à part
L’arc Reze, côté film, c’est un vrai banger. On y retrouve un soin cinématographique rarement vu dans les adaptations d’anime. La caméra est proche des personnages, presque comme s’il y avait un caméraman au milieu des scènes. On ressent une vraie proximité, un sentiment de « je suis avec eux », à l’opposé des plans génériques ou aériens.
Le film est canon à la série, ce qui est une excellente décision. Il ne compile pas juste des épisodes, c’est une vraie expérience à part. Le début peut sembler un peu long, mais il sert à replacer les personnages et à recréer un certain mystère. Le fameux « N’ouvre pas la porte, Denji »… c’est une accroche forte, même si le rappel constant devient un peu forcé.
Makima est toujours aussi fascinante. Elle tire les ficelles, elle manipule Denji, elle l’enferme dans une illusion d’amour. Il n’est plus vraiment lui-même, juste une création à son image.
Puis Reze arrive. Et là, on comprend pourquoi cet arc est si aimé. Même en connaissant le manga, on ne peut qu’être captivé. Reze est belle, naturelle, désarmante. Contrairement à Makima, elle ne cherche pas à contrôler. Elle attire Denji et le spectateur avec une sincérité déconcertante. La scène de la piscine est un moment-clé : deux adolescents nus, mais pas dans un contexte érotique. C’est de la confiance pure, un geste d’ouverture et de vulnérabilité. Fujimoto fait passer un message fort : la nuditeé peut être poétique, pas forcément sexuelle. Pour un jeune public, c’est une vision rafraîchissante.
Il y a quand même un peu de forcing visuel – notamment le passage du papillon et de l’araignée censé symboliser Reze et Denji. Une seule allusion aurait suffi. Ce n’était pas nécessaire d’insister autant.
La transition entre romance et horreur est parfaitement exécutée. La scène du festival en est le meilleur exemple : on passe d’une ambiance de shōjo classique à un basculement brutal. L’entrée de Beam est mythique (« COMMENT JE NE L’AI PAS SENTI PLUS TÔT ?! CETTE MEUF… ELLE SENT LE BOOOM !»). Le ton change, mais tout reste cohérent.
Les combats sont d’une qualité exceptionnelle. MAPPA prouve encore une fois qu’ils savent animer le chaos. Le duo Beam x Denji fonctionne à merveille : drôle, efficace, intense. C’est le parfait équilibre entre tension et humour.
La scène finale est d’une tristesse écrasante. Reze, qui était prête à rejoindre Denji, est tuée par Makima avant d’y arriver. Denji ne saura jamais. Il croira juste qu’elle l’a laissé tomber. Ce décalage entre leurs intentions, c’est du pur Fujimoto : cruel, mais réaliste. Reze ne meurt pas avec de la haine, elle part avec du regret.Sa réplique "pourquoi je ne t'ai pas tué dès notre rencontre " n'est pas un signe de haine, mais une vraie question posé à elle-même, dont la réponse est : Elle a voulait expérimenter l'amour, ou alors, Denji était capable de lui faire ressentir ce dernier . Sa dernière réplique, « Denji, en vérité, je ne suis jamais allée à l’école », est un aveu bouleversant. C’est une confession, pas une vengeance. De plus, Denji, de son côté, aurait pu la tuer. Il en avait la possibilité. Mais il ne le fait pas, preuve qu’il l’aimait sincèrement (quel serait intérêt de laisser le travaille à Makima si il aurait pu finir le travail tout seul). Tout cela rend la scène encore plus poignante.
Et enfin, l’arrivée de Power à la fin, en mode « Po-Po-Po-POWERRRRR !», vient relâcher un peu la pression. L’ange démon, lui, incarne une belle évolution : il commence par dire « Je suis un démon, après tout » et finit par « Je suis un ange, après tout ». Une belle façon de boucler la thématique du changement. On y voit que tout le monde a changé durant ce film, que ce soit Aki, Denji , etc... tout le monde a changé et personne n'a été laissé en arrière plan, ce qui est souvent oublié dans certains anime.
Fujimoto signe là un film d’anime d’une qualité rare. Légèrement plus haut que ce que j’aurais cru possible pour une adaptation. C’est à la fois touchant, brutal, drôle, et profond. Chainsaw Man confirme ici son statut d’œuvre majeure de son époque.
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