

Une introduction au style Fujimoto
Look Back est le premier film – ou court-métrage – de Tatsuki Fujimoto adapté dans le cadre de sa série d’œuvres courtes. Il s'impose immédiatement comme un amuse-bouche de haute volée pour ce qui suivra dans la carrière de l'auteur de Chainsaw Man. L’œuvre ne cherche ni à poser une grande question existentielle ni à offrir des réponses philosophiques profondes. Elle se contente de raconter l'histoire d'une rencontre entre deux jeunes filles que tout oppose, de manière simple et directe, mais avec une justesse émotionnelle qui frappe là où on ne l'attend pas.
Le cinéma au service du trait
Le scénario est d’une originalité rafraîchissante dans le paysage actuel de l'animation. On y retrouve cette volonté constante chez Fujimoto de "faire du cinéma" à travers ses mises en scène. Ce n’est pas un hasard si les personnages se rendent physiquement dans une salle de cinéma : c’est un clin d'œil évident à l’amour viscéral du créateur pour ce médium. Le film utilise des codes purement cinématographiques pour traiter le mystère et l'ellipse temporelle. Visuellement, le rendu adopte un style pastel, avec des couleurs vives mais adoucies par un grain particulier. Ce choix esthétique évoque une certaine nostalgie, celle du quotidien banal, tout en installant une ambiance "morose" mais douce-amère, typique des récits de passage à l'âge adulte.
L’obsession créative : un miroir de l’auteur
Le film excelle dans sa capacité à montrer l’effort derrière la création. On voit Fujino passer des heures, des jours, puis des années courbée sur son bureau. C’est une ode à la persévérance, mais aussi une mise en garde sur l’isolement que la passion peut engendrer. La relation avec Kyomoto apporte l’équilibre nécessaire : elle est à la fois le moteur, la rivale et la seule personne capable de comprendre ce langage muet qu'est le dessin. Leur dynamique est traitée avec une pudeur qui rend leurs retrouvailles et leur collaboration d'autant plus poignantes.
La tragédie et le "What If"
La mort de Kyomoto est un pivot narratif crucial. Traité avec une grande retenue en hors-champ, cet événement bascule un court instant vers une dimension surnaturelle via un scénario alternatif, un "What if" qui permet au spectateur de rêver à une issue plus heureuse. C’est là que le film touche à l’universel : cette envie de réécrire le passé pour sauver ceux qu'on aime. Cependant, le film revient à la réalité avec une froideur nécessaire en fin de parcours. La réalité est ce qu’elle est, immuable, et le deuil doit être traversé pour que la création puisse continuer. C'est peut-être là le seul véritable message du film : continuer à créer, non pas pour oublier, mais pour honorer le passé.
Un format court qui laisse sur sa faim
Si l’œuvre est assez courte, ce qui peut être perçu comme un atout pour son rythme, on ne peut s'empêcher de penser qu'elle aurait gagné à être légèrement rallongée. On ressent par moments une volonté d’accélérer les événements majeurs de la vie des deux protagonistes, ce qui donne une légère impression de précipitation, notamment dans la transition entre l'adolescence et l'âge adulte. Bien que le film ne cherche pas à transmettre un message politique ou moralisateur fort, il offre une matière à réflexion intime sur l'amitié et la perte. Son impact sur le spectateur, bien que subtil, reste durable grâce à la beauté de ses derniers plans.
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