

Dès les premières pages, Akira vous frappe de plein fouet. On est immédiatement aspiré par le bitume de Néo Tokyo, ses gangs de motards, ses courses poursuites nocturnes et ses paysages urbains d'une précision vertigineuse. L'ambiance est sobre et innocente car elle manifeste une bande d'adolescents qui naturellement échange des blagues et râle sur des broutilles. Ça en devient familier, voire attachant.
Puis, d'un ressenti brutal, l'œuvre s'élève vers la pure science-fiction. On quitte nos bandes de motards pour des enjeux plus vastes, voire délibérément opaques. Si le fil narratif se rend plus complexe lorsqu'il aborde ses dimensions scientifiques et politiques, la puissance de l'univers nous maintient irrésistiblement en haleine.
Au cœur de ce troupeau d'hommes survolté par l'adrénaline et la violence, Kei émerge comme une présence féminine essentielle. Bien plus qu'une simple figure d'action, elle apporte une force et une clairvoyance qui font cruellement défaut à l'immaturité des gangs. C'est elle qui fait le pont entre les rues sordides de Néo Tokyo et les enjeux plus vastes qui les dépassent.
La profondeur philosophique du récit trouve également son ancrage en Dame Miyako. Véritable pilier spirituel, elle incarne une sagesse immuable au milieu du chaos. Elle insuffle une dimension religieuse et morale à l'apocalypse, qui menace sa vision, fondée sur l'espoir et la paix.
Au-delà du spectacle, Akira atteint une profondeur philosophique sans égale. Katsuhiro Otomo interroge la condition humaine et notre rapport à une évolution qui file trop vite, qu'elle soit biologique ou technologique. C'est un manga qui parle du destin de l'humanité avec une justesse saisissante, plus que jamais d'actualité. Il pose une question brûlante : sommes-nous capables de maîtriser ce que nous créons ? C'est le personnage du Colonel qui incarne le mieux cette problématique, à travers les enfants sacrifiés du labo (en l'occurrence Akira et Tetsuo) qui deviennent parfois des forces d'une dangerosité incontrôlable.
En dépit du décor futuriste qui s'éloigne de plus en plus de la trame de départ, on reste toujours au cœur de l'univers de cette bande d'ados. À travers la dérive de Tetsuo, on voit s'exprimer, de façon extrême, tout ce qui habite la jeunesse : la débauche, l'addiction, la rébellion brutale contre l’autorité et, surtout, cette quête désespérée de reconnaissance et d’identité.
Au départ, on était dans le classique : des bandes de caïds, des marginaux sans frein. Mais au fil du récit, ces thèmes prennent une ampleur démesurée. La puissance dévastatrice de Tetsuo n'est au fond que le cri d'un gamin perdu, en quête d'identité, et qui a franchi toutes les limites. En réalité, Akira demeure, jusqu'à la dernière image, le portrait d'une jeunesse tokyoïte, saisie dans ce qu'elle a de plus brut et de plus vrai.
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