De tout ce que j’ai pu lire, c’est un des meilleurs mangas sur les questions de genre. Enfin, il les aborde d’un point de vue très particulier, celui de son setup — c’est-à-dire celui d’une autodétermination du genre par les individus. On s’éloigne du point de vue classique de la transidentité (et de l’exploration de la dysphorie) pour entrer dans celui de la non binarité. On y suit Hinase, _sexless _de 18 ans bientôt, qui peine à faire un choix — un choix est-il seulement nécessaire ?
Bon, il faut qu’on discute de la vision du genre qu’entretient ce manga. Il m’a paru aux premiers abords avoir une définition très curieusement biologisante du genre. Biologisante car Hinase est explicitement sexless — c’est-à-dire sans parties génitales, et que la notion de “genre choisi” est directement corrélée avec celle de sexe. Curieusement, car le genre reste un « choix ». Néanmoins, l’oeuvre fait un excellent travail de déconstruction autour de cette question de « choix ».
De manière secondaire d’abord, avec les adultes qui sont régulièrement montré·es comme genrant leur enfants (« Ah! Tu ferais un bon garçon toi ! »). Les critères genrés restent immensément présents dans la société de Mona Lisa, et tout comportement penchant dans la balance structurelle se voit genré. La petite enfance est montrée dans une tension permanente entre l’androgynie “naturelle” de l’oeuvre, et l’omniprésence des critères genrés, vers une injonction au choix qu’Hinase subit de plein fouet.
Ensuite, directement chez les personnages, beaucoup admettent ne pas avoir grande idée du pourquoi du comment de leur genre. On finit par l’être, d’une manière. C’est, au fond, le point de vue cis traditionnel ici représenté : des personnes pour qui le genre n’est pas un grand sujet, et qui suivent un peu là où le vent les mène. C’est d’ailleurs ce qui est implicite dans
Je trouve que l'œuvre fait un bon travail pour montrer comment le genre nous change, d’abord à travers les perceptions, et en nous ensuite. Il y a tout un propos (discutable) affirmant que l’individu précède son genre. C’est notamment ce qui permet à Hinase de faire un choix sans penser (à tort) qu’il va le changer profondément. Néanmoins, malgré ce lubrifiant pour mieux supporter le fait d’être rentré·e de force dans une case, le manga déconstruit son propos même en montrant clairement les évolutions de Shiri et Ritsu conformément à leur genre, d’abord et avant tout dans leur conception de la relation romantique, ensuite dans leur apparence, leurs goûts, etc. Le genre n’est pas entièrement déterminant, mais il reste structurant. C’est d’ailleurs un bon exemple de pourquoi le manga est bon dans son propos. Parfois, il semble vouloir apporter une réponse simpliste, suivant les déambulations philosophiques de Hinase — un·e ado — et ses potes — d’autres ados — mais il cache néanmoins dans le fond tout un tas d’éléments venant constamment se nuancer.
Le gros point noir dans tout ça, malgré une petite base structuraliste au sein de l’oeuvre, c’est que jamais il n’est question de patriarcat. Pourtant, il reste omniprésent, et le manga montre toujours des mécanismes de domination des femmes, mais toujours banals et sûrement peu conscientisés. Jamais, il n’y a en question le rapport de domination des hommes sur les femmes. C’est un non-dit, tant dans le monde incarné que dans l'œuvre elle-même. Il y a une question autour de la difficulté d’habiter son genre, qui n’est jamais mise en relation avec le patriarcat (pourtant, la masculinité toxique, les injonctions contradictoires sur la féminité…).
Le manga parle évidemment d’autres choses : de coming of age, d’amour, … mais j’ai choisi de focaliser ma review sur le thème du genre et je m’y collerai. En conclusion, il me semble que le manga a un des traitements les plus intéressants de la question — le fait que je doive venir le chercher sur son marxisme en dit long sur sa qualité avant cela j’ai rarement autant d’exigences. Les thèmes subsidiaires sont aussi très bien traités, la direction artistique avec la couleur est honnêtement très bonne. Je suis assez moyennement satisfaite de la conclusion
3.5 out of 4 users liked this review