
a review by Euphonogatari
5 years ago·Feb 19, 2021

a review by Euphonogatari
5 years ago·Feb 19, 2021
Ça fait un petit moment que j’avais envie d’écrire sur quelque chose sans réellement y arriver, à chaque fois mes textes devenaient trop programmés, trop formels, ils ne ressemblaient pas à un texte que j'apprécierai lire. Après avoir tellement ruminé la question quelle en est devenu une obsession, je me suis soudain souvenu qu’une de mes lectures récentes m’avait profondément touché émotionnellement, cette lecture, c’est Act-Age.

Act-Age est l’histoire de Kei Yonagi, une jeune fille qui rêve de devenir actrice. Enfin, rêver est peut-être un trop gros terme pour décrire sa relation avec le métier d’actrice. Disons que Yonagi a du talent, elle en a énormément même, et pour subvenir à la vie de sa famille qui se compose seulement d’elle et de ses deux petits frères et sœurs, elle finit par se persuader que le métier d'actrice est fait pour elle.
Néanmoins, Yonagi vit sa vie comme un film et a tendance à trop s’immerger dans un rôle qu’on lui donne, cette manie lui causera du tort lors d’une énième audition qu’elle ratera. Mais dans l'échec, elle réussit tout de même à taper dans l’oeil de Sumiji Kuroyama, un réalisateur qui décidera de la prendre sous son aile et de faire d’elle la meilleure actrice du Japon. En échange, il ne veut d’elle qu’une chose, qu’elle joue dans le film qu’il rêverait de réaliser.

Autant le dire tout de suite, Act-Age n’est pas forcément original dans sa forme. On assiste finalement à une structure assez classique ou un personnage va peu à peu monter les échelons afin d’atteindre son but tout en s’épanouissant dans sa vie et ses relations qui étaient jusqu’alors très fades.
Non, même si Act-Age fait tout ça très bien, c’est plutôt dans son cadre que se trouve son originalité.
Act-Age parle du milieu du cinéma et plus globalement de l’acting avec tout ce que cela implique, il sera donc question de casting, réalisateur, metteur en scène, théâtre, jeu de scène, pub, etc… Ce cadre que je n’ai à ma connaissance jamais vu dans un autre manga est ici très “Shonenifié” si je peux me permettre un terme un peu barbare pour vous dire que c’est un peu over the top sans que cela soit pour autant un défaut. Disons que pour moi qui suis assez familier à cet univers, mon sourcil gauche s'est levé plusieurs fois. Mais en soi, c’est pas si grave, car Act-Age n’a pas pour but d’être réaliste et réussit très bien à présenter cet univers en le rendant plus “épique” sans le dénaturer pour autant.
Mais finalement, moi qui suis assez réceptif de base à ce genre de forme de récit avec en plus un cadre qui me conqui directement, je ne pensais vraiment pas que ce serait dans son fond qu’Act-Age me volerait mon coeur.

Je situe le lieu du crime entre le chapitre 24 et 54, en gros, pendant l’arc Night on the Galactic Railroad. Un arc qui se consacre entièrement sur le théâtre avec une troupe dirigée par un des metteurs en scène les plus reconnus du métier, accueillant Yonagi en son sein afin de jouer la pièce “Night on the Galactic Railroad”.
Cet arc est je trouve mon déclic en tant que lecteur, ce déclic qui fait passer une œuvre qui te procure un bon moment en une œuvre qui t’impacte émotionnellement si fortement qu’elle nous marque. L’écriture et la justesse de la narration ne font que s'accroître pour un climax qui m’a coupé le souffle. Rares sont ses lectures où, pris d’une lucidité soudaine, je me rends compte que je défilais les pages à la vitesse de ce train galactique. Pas parce que je voulais absolument connaître la fin, mais surtout parce que l’impact que me procuraient les planches et l’avancement de l’histoire me déchirait complètement. Rester sur ces pages et admirer le dessin, prendre le temps de bien apprécier les dialogues me faisait mal. À ce moment-là, j’ai plongé très profondément dans Act-Age comme Yonagi plonge dans les rôles qu’elle incarne.

Mais comment cela est-il arrivé ? Comment j’ai pu plonger si profondément alors que je trouvais le début de l’arc bon mais pas au point d’en arriver là.
Eh bien je situe l’arme du crime dans deux alchimies présente tout le long de cet arc, l’alchimie entre les personnages et la seconde qui est plus difficile à mentionner maintenant, l’alchimie entre la dessinatrice Shiro Usazaki et son scénariste Tatsuya Matsuki.
Chaque personnage introduit dans cette partie a résonné en moi, notamment le metteur en scène Yuijiro Iwao et l’acteur caméléon Araya Myojin, dont la relation comparable à celle d’un père et de son fils marche parfaitement dans un récit qui progresse en même temps qu’on en apprend sur la pièce à interpréter et de ses parallèles évidents sur la situation de nos personnages. Cette structure où la fiction se mêle à la réalité autant que l’interprétation des acteurs se rapproche dangereusement de leurs personnages est magnifié par une écriture subtile et des dessins qui regorge de force et d’impact. Une performance d’autant plus admirable quelle en est aujourd’hui tragique quand on sait le triste sort qui a touché le manga Act-Age et sa dessinatrice à cause de son scénariste.
Après ça, Act-Age refait surface, ses pieds bien vissés sur le sol. Si la suite est encore très bonne, je ne m’y retrouve plus comme sur l'arc d'avant, trouvant que le dernier gros arc du manga est une tentative d’émuler l’expérience du Night on the Galactic Railroad dans un récit bien plus long et qui englobe beaucoup plus d'éléments dont la rivalité entre Yonagi et Chiyoko. Un arc qui se veut bien plus ambitieux et qui est honnêtement très bon voir même excellent mais les fait sont là, je n’ai plus jamais plongé. Ce n’est pas si grave en soi, rare sont les œuvres qui réussissent à nous faire cet effet au moins une fois et Act-Age y est parvenu.

Car finalement c’est ça que je retiens de mon expérience Act-Age, un brillant coup d'éclat dans une oeuvre très bonne, une oeuvre qui ne connaîtra jamais de réelle fin, nous laissant avec un sentiment doux amer que cette alchimie présente tout le long du manga n'attendait qu’à éclore. Malheureusement le parcours de Yonagi doit s'arrêter prématurément. Nous ne connaîtrons jamais les tenants et aboutissant de toutes les ficelles posées autour de Sumiji et de son film qui lui tenait tant à cœur de réaliser et c’est bien dommage car c’est finalement ce que j’attendais le plus de voir étant moi-même quelqu’un qui rêverait de réaliser un film.
Maintenant Act-Age s'arrête nous laissant sa fin à notre imagination, puisse des passionnés se plonger dans cette œuvre qui regorge de charme et de bonnes idées mais dont la réalité a fini par rattraper la fiction.

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